Paradis sur terre
Couché dans l’herbe,
je regardais les cieux
et les nuages défiler
à travers tes yeux.
La tête posée sur mon torse,
tu me lançais des sourires mystérieux
tandis que je me perdais
dans le ciel de tes iris, du même bleu.
J’admirais l’éther
dont un peintre audacieux
avait cerné tes pupilles,
offrant à ton regard tout son vitreux.
Comment ne pas s’égarer
dans leur camaïeu
cérulé, peint d’azur et d’indigo?
Tout autant dangereux que délicieux.
Mais c’est d’abord en tant qu’assoiffé
que j’ai péleriné à ces deux puits gracieux:
pour me rafraîchir
à tes globes aqueux.
Tu me jonchais, en effet,
de tes cheveux;
ta chaleur se mêlait, envahissante,
à celle d’un été paresseux.
J’étais donc à la recherche
d’un repos ombreux
quand je me suis mis à t’explorer,
plongeant pour échapper à ton parfum capiteux.
J’avançais lentement, découvrant
des trésors ô si précieux:
lapis, cobalt, turquoise, saphir;
ils brillaient, tous aussi merveilleux.
Mais ces joyaux tombés des nues
ne me rendaient pas moins fiévreux.
Ta présence à mes côtés
continuait à me lécher de feu.
Heureusement, mes efforts portèrent fruit
et les dieux se montrèrent miséricordieux.
J’ai pu bientôt nager dans tes eaux,
tu cachais en toi un lac nuageux.
Je me suis lancé dans ma quête
avec le front cendreux,
et plus j’avançais,
plus je devenais pieux.
Là, si près de moi,
tu m’offrais un accès somptueux
à toute la voute céleste
et son infini majestueux.
Je me suis réfugié en toi
comme ton corps se faisait trop sulfureux,
mais après m’être blotti dans ses ombres
j’en suis ressorti révérencieux,
et avec un regard
amoureux.